Friday, February 06, 2026

Des survivantes brisent le silence : une tribune internationale portée par la Fondation Panzi

4 months ago
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Le samedi 9 août 2025, quelques jours après la cérémonie inaugurale du mémorial du génocide congolais dit GENOCOST, tenue à Kinshasa le 2 août 2025, la Fondation Panzi a organisé une tribune internationale consacrée aux violences sexuelles commises par des agents armés et de sécurité. Longtemps associées aux zones de conflit armé, ces violences sont désormais signalées dans des contextes urbains et dans des régions officiellement en paix.

Placée sous le thème de la parole des survivantes et de la lutte contre l’impunité, cette tribune a réuni, en format hybride, des femmes originaires de plusieurs pays, aujourd’hui réfugiées ou établies à l’étranger. Toutes partagent une même réalité : avoir survécu à des violences sexuelles et continuer à vivre avec leurs conséquences physiques, psychologiques et sociales.

Parmi les témoignages diffusés lors de l’événement figurait celui de Ketsia XXX, une Congolaise actuellement établie au Canada. Intervenant à distance, elle a expliqué comment les violences subies ont profondément marqué son parcours de vie, notamment à travers la naissance d’un enfant issu du viol. Son intervention s’est concentrée sur les séquelles durables du traumatisme, la stigmatisation sociale et l’absence de protection effective dans son pays d’origine.

Depuis la Belgique, Amandine XXX a dénoncé la banalisation des violences sexuelles et l’impunité persistante dont bénéficient certains auteurs. En France, Gloire XXX a pour sa part souligné la difficulté, pour les survivantes en exil, de reconstruire leur vie tout en portant le poids d’un traumatisme qui demeure largement ignoré ou insuffisamment reconnu par les institutions nationales.

D’autres femmes ont participé à la tribune sous couvert d’anonymat. Certaines vivaient en Europe, d’autres en Amérique du Nord ou en Afrique. Toutes ont évoqué la crainte de représailles, tant pour elles-mêmes que pour leurs proches restés au pays. Leurs interventions, bien qu’anonymes, ont décrit des schémas récurrents : violences commises par des personnes en uniforme, absence de recours judiciaire effectif et silence imposé par la peur.

Les organisateurs ont tenu à souligner les risques concrets auxquels s’exposent les survivantes qui prennent publiquement la parole depuis l’étranger. Dans un environnement institutionnel perçu comme marqué par la corruption et l’existence de mécanismes de protection informels, dénoncer des violences sexuelles attribuées à des agents de sécurité peut être interprété comme portant atteinte à l’image internationale du pays ou aux intérêts de certains acteurs influents. Ces prises de parole sont susceptibles de mettre en cause des réseaux de protection impliquant des responsables ou des figures établies, exposant ainsi les survivantes à des pressions, des intimidations ou des représailles indirectes. Pour beaucoup, le recours à l’anonymat ne constitue pas un choix de confort, mais une condition de survie.

Les responsables de la Fondation Panzi ont rappelé que cette tribune s’inscrivait dans la continuité d’un travail de longue haleine visant à documenter les violences sexuelles et à accompagner les survivantes. Ils ont souligné que la reconnaissance internationale, notamment celle accordée en 2018 au Denis Mukwege, ne saurait masquer la persistance de l’impunité ni les dangers encourus par celles qui osent dénoncer publiquement les violences subies.

Selon les organisateurs, l’objectif de cette tribune n’était pas seulement de sensibiliser l’opinion publique, mais également de mettre en lumière les conséquences à long terme de ces violences : troubles psychologiques durables, maternités imposées, ruptures familiales, exil forcé et impossibilité de retour en toute sécurité.

En 2025, cette prise de parole collective rappelle une réalité souvent ignorée : pour de nombreuses survivantes, le danger ne s’arrête pas avec la fin des violences. Il se prolonge dans l’absence de justice, dans la peur persistante et dans la réduction au silence, parfois au risque de leur vie.

Note : Les identités complètes des intervenantes ont été volontairement maintenues confidentielles en raison des risques de représailles évoqués lors de la tribune.

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