Le 9 janvier 2026, la Marine sud‑africaine a lancé une série d’exercices navals sans précédent dans l’océan Indien, réunissant les forces de la Chine, de la Russie et, pour la première fois, de l’Iran. Baptisés « Will for Peace », ces manœuvres, traditionnellement appelées les exercices « Mosi », se sont déroulées près des eaux contrôlées par la France au large de Durban et de Richards Bay. Au cœur d’une région où les grandes puissances rivalisent d’influence, ce déploiement marque une nouvelle étape dans la coopération militaire entre ces acteurs non occidentaux.
Le cadre des manœuvres
- Participants : Navires sud‑africains, deux frégates chinoises, un croiseur russe et plusieurs embarcations iraniennes.
- Durée et zone : Du 17 au 27 février, le périmètre s’étendait sur plus de 300 nautical miles le long de la côte est sud‑africaine, à proximité des territoires français de La Réunion et des îles Kerguelen.
- Thématique officielle : « Actions conjointes pour garantir la sécurité du transport maritime et des activités économiques maritimes ».
Ces exercices dépassent le simple entraînement tactique ; ils sont présentés comme une démonstration de solidarité entre pays partageant une vision commune d’un ordre mondial moins dominé par l’Occident.
Pourquoi l’Iran ?
L’inclusion de l’Iran constitue une rupture avec les précédentes éditions, où seuls la Chine et la Russie étaient invitées. Selon le communiqué sud‑africain, cette participation reflète « une volonté de dialoguer avec tous les partenaires qui partagent des intérêts stratégiques dans l’océan Indien ». Pour l’Iran, c’est l’occasion de renforcer sa présence maritime loin du Moyen‑Orient, alors que les sanctions internationales limitent ses options diplomatiques.
Enjeux géopolitiques
- Convergence sino‑russo‑iranienne – Les trois nations utilisent ces exercices pour projeter une puissance collective capable de contrer l’influence américaine et européenne dans la région. La coopération navale renforce leurs capacités d’interopérabilité et crée un front uni face aux initiatives occidentales.
- Rôle stratégique de l’Afrique australe – Le littoral sud‑africain offre un accès direct aux routes commerciales reliant l’Asie, le Moyen‑Orient et l’Europe. Contrôler ou sécuriser ces voies devient crucial pour la Chine, qui dépend fortement du commerce maritime pour son approvisionnement énergétique.
- Réaction française – La France, qui maintient une présence militaire permanente dans l’océan Indien, suit de près ces manœuvres. Les autorités françaises ont déclaré surveiller « tout signe de déstabilisation de la sécurité maritime régionale », soulignant l’importance de leurs bases à La Réunion.
Réactions internationales
- États‑Unis : Le porte-parole de l’ambassade américaine en Afrique du Sud a exprimé son inquiétude quant à la coopération entre Pretoria, Moscou et Pékin, rappelant que ces exercices pourraient « menacer la liberté de navigation et l’équilibre régional ».
- Russie et Chine : Les deux pays ont salué la réussite des drills, les qualifiant de « preuve tangible d’une coopération maritime durable ».
- Communauté internationale : Certains analystes, dont Oriana Skylar Mastro (Stanford), voient dans ces exercices le potentiel d’une alliance russo‑chinoise renforcée, capable de poser un défi plus important aux États‑Unis qu’une coopération bilatérale isolée.
Implications pour l’avenir
Les exercices « Will for Peace » pourraient devenir un point de référence annuel, consolidant le rôle de l’Afrique australe comme carrefour géostratégique. Si la tendance se poursuit, on peut s’attendre à :
- Une intensification des partenariats militaires entre l’Afrique du Sud et les puissances non occidentales, incluant davantage de scénarios de défense anti‑piraterie et de protection des voies de navigation.
- Un renforcement des capacités de surveillance de la part des nations européennes présentes dans l’océan Indien, afin de garantir la liberté de navigation.
- Des débats diplomatiques accrus autour de la souveraineté maritime et des droits de passage, notamment avec les pays riverains de l’océan Indien (Madagascar, Mozambique, Kenya).
Les manœuvres navales de février 2026 illustrent clairement comment l’Afrique du Sud, en tant que plaque tournante géographique, se positionne désormais au cœur d’une dynamique de coopération entre la Chine, la Russie et l’Iran. Au-delà du symbolisme, ces exercices traduisent une volonté partagée de remodeler l’équilibre des pouvoirs dans l’océan Indien, un espace où les intérêts économiques, sécuritaires et politiques convergent. Pour les observateurs et les acteurs régionaux, il s’agit d’un signal fort : la scène maritime de l’océan Indien n’est plus un simple théâtre de transit, mais bien un champ de bataille stratégique où se dessinent les contours du futur ordre mondial.
