Uvira, Sud-Kivu – La tension est de nouveau montée d’un cran dans l’est de la République démocratique du Congo. Autour de la ville d’Uvira, située sur les rives du lac Tanganyika, des affrontements opposent depuis plusieurs jours les rebelles de l’AFC/M23 aux Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les milices d’autodéfense Wazalendo. Une situation qui ravive la crainte d’une nouvelle flambée de violence dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits.
Sur le terrain, les habitants décrivent une insécurité grandissante. Des détonations d’armes lourdes et légères sont régulièrement entendues dans les villages périphériques, tandis que plusieurs familles ont quitté leurs maisons pour se réfugier plus au sud ou dans les quartiers centraux d’Uvira. « On ne sait plus à qui se fier. On nous avait dit que le M23 s’était retiré, mais ils sont toujours là », confie un notable local joint par BAREPORTAGE.
Un retrait officiellement annoncé… mais contesté
Mi-décembre 2025, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), branche politique du mouvement rebelle M23, avait publié un communiqué annonçant son retrait de la zone d’Uvira. Ce désengagement était présenté comme le résultat de pressions diplomatiques, notamment de la part des États-Unis, soucieux d’éviter une nouvelle escalade régionale.
Mais début janvier 2026, des rapports provenant du terrain ont contredit cette version. Des combattants du M23 auraient été observés dans plusieurs localités stratégiques autour d’Uvira, notamment à Kanyabayonga et Bunyakiri, alimentant les soupçons d’un retrait plus symbolique que réel.
Pour le gouvernement congolais, la situation est claire. Le 7 janvier, le ministère de la Défense a publiquement accusé le Rwanda de continuer à fournir armes, munitions et soutien logistique aux rebelles. Des accusations que Kigali rejette, mais qui aggravent encore davantage des relations diplomatiques déjà tendues entre les deux pays.
Les Wazalendo entrent en ligne de front
Face à l’avancée du M23, les milices Wazalendo — des groupes d’autodéfense communautaires créés en 2022 — se sont fortement mobilisées. En janvier, de violents accrochages ont été signalés le long de la route nationale N-2, un axe stratégique reliant Uvira à d’autres centres économiques du Sud-Kivu.
Pour les autorités locales, ces groupes jouent un rôle de bouclier populaire face aux rebelles, mais leur implication complexifie aussi le champ de bataille. « La population s’organise pour se défendre, mais cela augmente les risques de représailles et de dommages collatéraux », explique un responsable humanitaire à Uvira.
Une urgence humanitaire en toile de fond
Alors que les combats se poursuivent, la situation humanitaire se dégrade rapidement. Des milliers de civils vivent désormais dans des conditions précaires, avec un accès limité à l’eau potable, aux soins de santé et à la nourriture. Le 21 décembre 2025, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (UNHRC) a lancé un appel pressant à la cessation immédiate des hostilités et à l’ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide aux populations affectées.
Pour les habitants d’Uvira, l’avenir reste incertain. Beaucoup redoutent que la ville ne devienne le prochain épicentre d’un conflit régional qui dépasse largement ses frontières. « Nous voulons seulement vivre en paix », résume une mère de famille déplacée. « Mais tant que les armes parleront, nous resterons en fuite. »
