mercredi, mars 04, 2026

« Injustices sucrées : comment Nestlé alimente la malnutrition infantile en Afrique »

3 heures ago
3 mins read

« Quand on parle de nutrition infantile, on imagine naturellement des produits sains, étudiés par des experts et contrôlés par les autorités sanitaires. »

C’est pourtant le récit que nous a confié Public Eye dans son numéro 56 (novembre 2025) : dans plus de 90 % des céréales infantiles Nestlé commercialisées dans vingt pays africains, du Kenya à la République démocratique du Congo, du Nigéria au Cap‑Oriental sud‑africain, du sucre ajouté figure en première ligne d’ingrédients.

Le constat est brutal : une portion moyenne contient 5,5 g de sucre ajouté l’équivalent d’un carré et demi de chocolat alors que les mêmes produits vendus en Suisse ou en Europe affichent 0 g. Cette double norme, révélée par des analyses de laboratoires indépendants, transforme un produit censé combattre la malnutrition en un vecteur d’obésité précoce.

De la ferme à la table

Dans la province la plus pauvre d’Afrique du Sud, Nombuyiselo Ntondo, mère de six mois, nous a accueillis dans sa modeste habitation de Madwaleni. « Je prépare le petit‑déjeuner avec du Nestum et du lait en poudre NAN », explique‑t‑elle, montrant la casserole où elle mélange les deux produits.

« C’est très cher », ajoute‑t‑elle, en précisant qu’elle vit grâce à 64 dollars américain d’aides sociales mensuelles. Le coût d’une boîte de Nestum représente plus d’un tiers de son budget. Elle ne sait pas que chaque portion apporte plus de deux grammes de sucre ajouté, soit 120 g par mois – l’équivalent d’un carré de sucre par jour.

Le point de vue médical

Le Dr Andrew Miller, responsable de l’unité néonatale de l’hôpital de Madwaleni, décrit la situation : « Nous voyons de plus en plus d’enfants hospitalisés pour des infections liées à la malnutrition, mais aussi pour des complications liées à une glycémie élevée. »

Il souligne que le manque d’eau potable empêche la stérilisation adéquate des biberons, aggravant le risque d’infections. Le sucre ajouté n’apporte aucune valeur nutritionnelle ; au contraire, il favorise la colonisation bactérienne et augmente la charge glycémique.

Analyse des produits

Le mécanisme du double standard

Nestlé justifie la présence de sucre par le besoin d’« améliorer le goût » pour encourager la consommation chez les nourrissons. La société affirme que la teneur en sucre est déclarée de façon transparente et conforme aux exigences réglementaires locales.

Cependant, les étiquettes des produits africains ne mentionnent pas toujours clairement la quantité exacte de sucre ajouté ; dans un tiers des cas, l’information est absente. Cette opacité empêche les parents de faire un choix éclairé.

Stratégie de diversification

Depuis 2024, Nestlé a lancé 14 variantes de Cerelac sans sucre ajouté en Inde, où la pression des consommateurs a conduit à un changement de formule. En Afrique du Sud, deux variantes sans sucre ont été annoncées, mais elles ne sont pas distribuées dans les zones rurales où la demande est la plus forte.

Impact économique

Le coût d’une boîte de céréales sucrées est supérieur de 20 % à celui d’une version sans sucre, selon les prix relevés par Public Eye. Pour les familles vivant avec moins de 1 USD par jour, cette différence représente un obstacle majeur à l’accès à une alimentation plus saine.

Réactions et perspectives

Dans un communiqué, Nestlé affirme : « Nous adoptons une approche cohérente en matière de nutrition pour tous les bébés, partout dans le monde » et rappelle que la teneur en sucre est déclarée conformément aux législations locales. La société indique qu’elle accélère le déploiement de variantes sans sucre ajouté « dans le monde », sans préciser de calendrier pour l’Afrique.

Public Eye, soutenu par plus de 105 000 signatures à la suite d’une pétition, réclame :

l’interdiction de tout sucre ajouté dans les aliments pour bébés, conformément aux directives de l’OMS ;

une transparence totale sur les quantités de sucre sur les emballages ;

la mise à disposition de versions sans sucre à prix égal dans les marchés à faibles revenus.

Vers une solution ?

Des initiatives locales commencent à émerger : des ONG distribuent des céréales locales (millet, sorgho) enrichies en micronutriments, sans sucre ajouté. Des programmes de formation à l’allaitement maternel sont renforcés, rappelant que le lait maternel reste la référence nutritionnelle pendant les six premiers mois.

Veuillez clique ici pour télécharger le rapport source de ce reportage. Un PDF « 2511_PublicEye_Magazine_56_FR

 


En savoir plus sur Bareportage

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Rédaction

Rédaction

La rédaction de BAREPORTAGE est composé par une dizaine des journalistes situé en République démocratique du Congo.

Laisser un commentaire

ABONNEZ-VOUS


Bareportage est une plateforme de production journalistique dédiée à des reportages et des documentaires ancrés au cœur de l’Afrique. Il explore les réalités sociales, politiques, économiques, culturelles et environnementales qui façonnent le continent.

Le dernier numéro du podcast

Megaphone

Les reportages